Quand on parle de crise et d'argent à trouver par le gouvernement, on entend souvent à propos de nos ministres: "Qu'ils commencent pas baisser leur salaire !". C'est oublier que dans le secteur public, ce ne sont pas les ministres les mieux payés : ce sont les patrons de Belgacom, bPost, SNCB ou autres entreprises (para)publiques. Ils sont pas moins de 60 cadres à gagner plus que le Premier ministre, selon De Standaard, dont 13 rien qu'à la SNCB et 30 chez bPost.
Didier Bellens gagne 7 fois plus qu'Elio Di Rupo
Au petit jeu de qui gagne le plus, c'est le patron de Belgacom qui gagne haut la main. Voici un petit comparatif des salaires annuels bruts de ces top managers du secteur public.
1. Didier Bellens, patron de Belgacom : 2.139.000euros
2. Johnny Thijs, patron de bPost : 1.137.000euros
3. Marc Descheemaecker, patron de la SNCB : 531.000euros
4. Jannie Haeke, patron de la Holding SNCB : 513.000euros
5. Luc Lallemand, patron d'Infrabel : 494.000euros
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61. Elio Di Rupo, Premier ministre : 290.000euros
Une rentrée des classes surchauffée
Pourquoi en parle-t-on aujourd'hui ? Parce que d'une part, le gouvernement travaille actuellement à plafonner ces salaires à un niveau proche de celui du Premier ministre. Et parce que d'autre part, Johnny Thijs, le n°2 du classement, s'est exclamé auprès de nos confrères de La Première que s'il devait voir son salaire abaissé à ce point, il quitterait son poste. Le bras de fer est donc engagé entre plusieurs partis au gouvernement d'un côté et les top managers et d'autres partis de l'autre, pour ce qui s'avère être le dossier chaud de cette rentrée politique.
Pour Thijs, son salaire est justifié
Johnny Thijs a précisé qu'il était "prêt à faire un effort", mais pas à voir son salaire actuel passer de 1,1 million à 290.000euros. "Les politiques doivent trouver des responsables pour les entreprises publiques qui soient bons, intelligents et qui soient prêts à relever des paris très importants. Je crois qu'il faut un juste salaire pour ces patrons", a-t-il souligné. C'est le camp choisi par les milieux libéraux qui pensent que les entreprises publiques évoluent dans un environnement concurrentiel où il s'agit de pouvoir attirer les meilleurs managers.
"Le facteur premier de choix d'un patron n'est pas la compétence"
Un argument qu'a rejeté le député fédéral Dirk Van der Maelen (sp.a). Il pointe une étude menée dans le secteur financier, laquelle a montré que les hauts salaires et bonus n'influent qu'à peine les prestations des managers. "Ce n'est absolument pas une preuve, un gage, de bonne santé pour l'entreprise. Ce n'est pas parce que son top manager gagne énormément que l'entreprise se porte bien, qu'elle ne va pas licencier et que les travailleurs ne sont pas en burn out. Donc il n'y a pas de rapport de cause à effet", confirmait Anne Demelenne, la secrétaire générale de la FGTB, au micro de Frédéric Delfosse dans le journal de 13h de RTL-TVI. "On sait bien que ce n'est pas la compétence qui est le facteur premier de choix d'un patron d'une entreprise publique. C'est d'abord son appartenance politique", rappelait pour sa part le secrétaire fédéral d'Ecolo Ronny Balcaen.
"M. Thijs a bien profité"
Voilà pourquoi les partis de gauche semblent déterminés à légiférer. Pour eux, les arguments de Johnny Thijs ne tiennent pas. "Visiblement, il y a du lobby de la part de ces patrons en disant: 'nous on n'a pas envie de voir notre salaire baisser'. On est en période de crise, chacun doit faire des efforts et les patrons des entreprises publiques doivent faire des efforts en particulier", estimait M. Balcaen dans le journal de 13h. "Il ne faut pas exagérer. Je pense que M. Thijs a bien profité jusqu'à présent mais il est temps de revoir son salaire sérieusement", estimait Anne Demelenne. Quant au sp.a Dirk Van der Maelen, son argument était on ne peut plus simple : "Diriger bpost est-il plus difficile que diriger un pays?". Pour lui, le salaire du Premier ministre, ça doit être la "frontière éthique" en matière de rémunération des dirigeants d'entreprises publiques.
Un long feuilleton en perspective
La droite freinerait pourtant des deux pieds. Selon Het Laatste Nieuws, qui cite plusieurs sources, il n'y aura jamais de consensus pour fixer un plafond de rémunération à ces top managers. Qu'il soit de 290.000 euros ou entre 300.000 et 450.000, une somme plus importante qui circulerait désormais dans les milieux politiques, peut-être pour amadouer la droite. En attendant son dénouement, cette négociation politique au sein même du gouvernement Di Rupo s'annonce des plus mouvementée, alors que nos dirigeants viennent à peine de reprendre le collier après les vacances parlementaires.
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