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lire Les dessous des titres-services: Elisabeth dénonce la "concurrence déloyale" qui tue sa PME

mardi 27 août 2013



Passés de 7,50 euros à 8,50 euros au premier janvier 2013, les titres-services atteindront 9 euros dès janvier 2014 sur décision du gouvernement. Il y a quelques semaines, . Aujourd'hui, c'est Elisabeth qui nous écrit. A 36 ans, elle est gérante d'une société de titres-services basée dans le Hainaut. Et, à l'en croire, la vie n'est pas rose non plus pour les patrons. "Cela fait plus d'un an que je me bats tous les jours pour sauver ma société. Aujourd'hui, je suis à deux doigts de devoir mettre fin à mon activité", nous écrit-elle via .

 

En un an, elle transforme une société moribonde en une affaire qui tourne

En avril 2012, Elisabeth reprend une entreprise de titres-services de 19 ouvrières qui connaît des difficultés financières. La jeune femme optimise son rendement en diminuant ses activités de repassage -moins rémunératrices- et en augmentant l'offre de services d'aide-ménagères. Après un peu plus d'un an d'activité, elle emploie désormais 35 ouvrières, son atelier de repassage est débordé et les aide-ménagères sont devenues son activité principale. Si la société se porte mieux, la faillite n'est pourtant pas loin. Selon Elisabeth, il y a deux raisons principales: le système des titres-services en lui-même, qui favorise les grosses sociétés et surtout les agences d'intérim, et l'augmentation du prix du titre-service.

 

Son témoignage: victime de "concurrence déloyale"

"Pour chaque titre-service reçu par un de nos clients (acheté actuellement 8,50 euros), l'Etat nous verse la somme de 22,04 euros. Toutefois, lorsque que je fais mes comptes, le coût salarial minimum pour une ouvrière (ONSS, précompte, pécule, etc...) est compris entre 19 et 19,5euros de l'heure", détaille notre internaute. Il ne lui reste donc plus qu'une somme horaire de 2,54euros à 3,04euros par travailleur pour le reste de ses frais et pour s'octroyer un salaire. Selon ses calculs, son activité ne devient dès lors rentable qu'à partir du moment où elle emploierait 50 ouvrières. Cinquante fois 2,54 à 3,04euros permettraient en effet de payer les charges ainsi que sa propre rémunération.

 

"Les agences d'intérim n'ont pas d'indemnités de licenciement à payer"

Mais selon ce mode de calcul, valable pour toutes les sociétés actives dans les titres-services, plus la société emploie de personnes, plus elle fait des bénéfices. Les grosses sociétés pratiquent dès lors ce qu'elle qualifie de "concurrence déloyale" en pouvant se permettre d'offrir des salaires plus attractifs aux aide-ménagères. Ce qui, dans le cas des sociétés d'intérim, serait au détriment des travailleurs et doublement à l'avantage des patrons. "Les agences d'intérim font ce qu'elles veulent avec leur personnel. Elles leur font systématiquement signer des contrats à la semaine. Du coup, quand quelqu'un ne convient plus, elles n'ont plus qu'à ne pas renouveler le contrat. Elles n'ont pas d'indemnités de licenciement à payer. Pas de congés payés. Rien", dénonce Elisabeth. Car quand elle doit procéder à des licenciements, cela lui coûte cher. "Certaines personnes ne faisaient pas leur travail ou se mettaient en maladie comme pour rire. J'ai été obligée de les licencier. Et même si elles étaient dans leur torts, j'ai dû payer de grosses indemnités à cause de la pression des syndicats", explique-t-elle.




"Ils trouveront quelqu'un de moins cher au noir"

Dans ce contexte hautement concurrentiel, la future augmentation du prix des titres-services pour ses clients portera, selon elle, le coup de grâce à sa société. "Ils me disent qu'ils adorent leur aide-ménagère mais qu'à ce prix-là, ils trouveront quelqu'un de moins cher qui travaille en noir", regrette-t-elle.

 

"Je ne me verse plus de salaire"

Même si les temps sont durs, Elisabeth a décidé de ne rien lâcher: "Je continue à me battre comme une acharnée pour sauver ma société. J'envisage de quitter mon logement et d'aller habiter chez quelqu'un pour économiser un loyer et réduire encore mon salaire. Ce mois-ci je n'en ai pas pris et quand je m'en octroie un, il est généralement de 1.000euros." Et de conclure: "Et si malgré tous mes efforts ma société coule, je ferais comme les autres. J'irai travailler pour un patron."

 







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